« Pour finir, je peux m'apercevoir que cette terre est une fosse commune dans laquelle le roi Salomon, Ophélie et Himmler reposent côte à côte. Je peux en conclure que le bourreau et la malheureuse jouissent de la même mort que le sage, et que la mort peut nous faire l'effet d'une consolation pour une vie manquée. Mais quelle atroce consolation pour celui qui voudrait voir dans la vie une consolation pour la mort!»
Stig Dagerman - Vårt behov av tröst (Notre besoin de consolation est impossible à rassasier - Actes Sud - traduit par Philippe Bouquet)
Stig Dagerman - ce Rimbaud du Grand Nord - né le 5 octobre 1923 est abandonné par sa mère à la naissance, son père poseur de rails menant une vie nomade ne pouvait s'occuper de lui et il fut donc élevé par ses grands-parents paternels, paysans de l’Uppland. Dagerman grandit, entouré de tendresse au milieu de gens âgés, austères.
A l'âge de neuf ans, son père, qui venait de se marier, le prit avec lui à Stockholm. Il fut un élève brillant mais sa pauvreté devint plus pesante et le citadin lui sembla être un pantin ridicule face au digne paysan. Dès 1941 Dagerman s'inscrit au Cercle de la jeunesse syndicaliste de Stockholm puis il devient en 1943 responsable des pages culturelles du journal Arbertaren (le Travailleur)
et épouse Annemarie Götze, fille d'un anarchiste allemand, contraint à l'exil par l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
Dagerman met fin à ses jours le 4 novembre 1954 à 31 ans.
Représentant emblématique du mouvement dit "des années 40", qui a diffusé en Suède les idées et les thèmes existentialistes, le romancier Stig Dagerman était également connu pour son engagement anarcho-syndicaliste.
Son oeuvre :
- en 1945 paraît son premier roman
"Le Serpent" salué par la critique.
- en 1946 :
"L'île aux condamnés" roman allégorique qui dépeint un monde sans fraternité et sa première pièce de théâtre
"Le condamné à mort"
- en 1947 :
"Automne allemand" livre de reportages au coeur d'une Allemagne de la défaite peuplée d’hommes et de femmes qui ont reçu tant « de leçons dans l’art de mourir qu’ils ne (savent) plus vivre »
- en 1948 :
"L'enfant brûlé" récit autobiographique, réquisitoire contre lui-même, un chef-d'oeuvre!
- en 1952 :
"Notre besoin de consolation est impossible à rassasier", très court! 9 pages à lire, à relire 10 fois, 100 fois, à offrir comme on offre à des amis des chocolats, des fleurs...
Pendant sa courte vie il rédige des centaines d’articles (politiques, culturels ou de simple actualité) et plus de deux mille billets de révolte quotidienne.
Dagerman est le romancier du conflit entre la solidarité et la solitude.
Christian Olivier, le chanteur des
Têtes Raides accompagné de son groupe en sourdine lit ce texte, aussi désespéré que terriblement lucide, sur son dernier album (Banco - en photo parmi quelques ouvrages de Stig Dagerman).