Harry Martinson(1904-1978), le grand rénovateur de la poésie suédoise au XXe siècle est l’un des auteurs de l’école prolétarienne suédoise qui a réussi à imposer en Suède une littérature sociale d’une originalité sans équivalent dans le monde. Prix Nobel de littérature en 1974 avec Eyvind Johnson, son oeuvre, fortement empreinte de la recherche d’une justice sociale, est totalement méconnue dans le monde francophone. Elle peut être re-découverte grâce au travail des éditions Agone.







Né en 1904 à Jämshög, (Blekinge), dans une famille de petits commerçants, Harry Edmund Martinson a été abandonné à l'âge de six ans par sa mère devenue veuve. Il connaît la pauvreté et l'exploitation avant de fuir, comme sa mère qui l'avait abandonné, la Suède en s’embarquant comme matelot vers les Amériques et les Indes. Il exercera quantité de métiers : mousse, chauffeur, soutier, poseur de rails, ouvrier de plantation, vendeur de journaux, etc...
Atteint par la tuberculose, il rentre en Suède en 1927 et commence à écrire de la poésie. En 1929, il épouse Moa rencontrée à la rédaction du journal anarchiste Brand (Stockholm). Il travaille plus plusieurs journaux et commence à publier.
La poésie de Martinson est caractérisée par les innovations linguistiques, la précision de l'observation, et un emploi brillant des métaphores. La tonalité lyrique, même surréaliste, marque également ses romans où il met en scène des vagabonds et marginaux.


"La société des vagabonds" (Vägen till Klockrike, 1948) : un roman de 1948 qui raconte les tribulations d'un trimardeur en Suède, sur la route comme quelque soixante mille vagabonds à l'époque. Un livre sur la condition de l'ouvrier, comme prétexte à de belles phrases et aphorismes :
- « Quelqu'un qui parcourt le monde est toujours intelligent. »
- « Le monde veut être trompé et a besoin de l'être. Mais il faut le tromper avec amour et générosité prodigue, et il faut que ceux qui abusent les autres soient doués pour cela… »
- « On disait qu’il y avait soixante mille vagabonds dans le pays et ce chiffre faisait frissonner. Mais soixante mille, ce n’est pas beaucoup sur une si grande surface. La tartine de morale distribuée avec le pain était en revanche si lourde que, si on avait pu en faire un seul bloc de pierre, elle aurait écrasé un million d’individus, à la manière d’une meule gigantesque. »
- « Un monde comme ça, c’est l’enfer. Il mérite qu’on le fuie, qu’on fasse la sourde oreille, qu’on refuse de coopérer avec lui et de lui faire cadeau de sa force. Supprimez la guerre, le chômage, et délivrez le travail de ce culte de la torture qu’on célèbre en son nom. »








Autres écrits :
- Aniara (1956), une odyssée de l'espace, est un poème épique de science-fiction composé de cent trois chants élégiaques (Agone/Marginales, 2004)
- Voyage sans but, (Resor untan mål - 1932), premier volume de ses récits de voyage, Stock 1991
- Cap adieu (Kap Farväl - 1933), second volume de ses récits de voyages). Inédit en français.
- Même les orties fleurissent (Nässlorna blomma - 1935), premier volet de son œuvre autobiographique, Agone/Marginales, 2001.
- Il faut partir (Vägen ut - 1936), second volet de son œuvre autobiographique, Agone/Marginales, 2002.