"Anatomie du bourreau" de Jens-Martin Eriksen








"Un voyage au bout de l'enfer qui explique froidement le trajet conduisant l'homme à devenir bourreau."
Tiphaine Samoyault, Les Inrockuptibles.


La perte de la normalité est le sujet de ce livre.
Z raconte son court enrôlement dans la milice et sa mission : faire irruption dans plusieurs villages (d'une région inconnue mais qui évoque l'ex-Yougoslavie) désignés par des noms codés, arracher les hommes de plus de quinze ans à leurs familles et les convoyer jusqu'à une clairière où chacun d'eux recevra à genoux une balle dans la nuque.
Récit tout en retenue de l'épouvante. En montrant comment le langage du pouvoir engendre et justifie les actions les plus monstrueuses, Eriksen décrit l'extrême fragilité de l'humain qui, soumis à un système autoritaire, se transforme en tueur dénué de remords, de conscience et perd le contact avec lui-même.


Jean-Martin Eriksen est le 23 février 1955 au Danemark. Il a débuté brillamment en 1985 avec le roman Nanni (la descente aux enfers d' un dandy suicidaire qui a aimé et tué, par haine de soi, la jeune Nanni prostituée et toxicomane) et a également écrit des poèmes et des pièces de théâtre ("Purgatorium", métaphore d’une société de plus en plus imperméable au sort de ses individus, particulièrement les plus faibles est une pièce troublante qui met en scène le drame d’un être humain sur le point de disparaître dans le chaos régnant d'une guerre qui pourrait se situer en Irak ou en Tchétchénie).
Il est installé à Copenhague, où il vit de sa plume et d'une rente d'honneur à vie, prix pour la création littéraire qui lui a été attribuée en 1998 par le gouvernement danois.








Lire à propos du conflit en ex-Yougoslavie la remarquable analyse de Jens-Martin Eriksen et Frederik Stjernfelt dans L'anatomie de la haine