Par Jean Pierre Crochet, dimanche 15 mars 2009 à 20:05
Né en 1904, il est un des plus importants représentants de la grande génération d’écrivains prolétariens
suédois. Il est venu à la littérature immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale – alors qu’il
était encore ouvrier du textile – pour dire la misère du prolétariat industriel et exprimer certains doutes
sur le "progrès social". Paru en 1948, Une Semaine de Péché devait être l’un de ses premiers romans
d’une longue série sur le thème de la révolte.
L’ouvrier d’usine Konrad Johnson, alias n°403 a décidé de s’accorder une semaine de congé – ou plutôt, selon sa propre expression, une semaine de "création" forcément entachée de péché.
Ce qu’il désire créer, c’est avant tout lui-même ; c’est dire s’il pousse loin le blasphème. Il veut être au moins pendant ces quelques jours, un être humain à part entière, ayant de la valeur en lui-même et non pas seulement par le biais de celle qu’il crée. Ce monologue est le récit d’une entreprise menée, très littéralement, envers et contre tous – car les plus étranges alliances se nouent dès qu’il s’agit d’empêcher quelqu’un de se révolter, de venir perturber l’ordre établi, qu’il soit social, économique, politique bien sûr mais aussi familial… Une histoire, assénée à coup de mots bruts, comme à la hache, mais non dépourvue d’humanité et d’ironie, à ne pas livrer cependant à toutes les oreilles, car si le matricule 403 faisait école…
Extrait : "Si on voit ça sous l'angle du pouvoir, c'est tout de suite plus facile à expliquer. C'est vrai, on s'est tous les deux écartés de la voie habituelle, Edvin et moi, mais pas de la même façon; moi, je me suis trouvé un petit coin d'égout dans lequel me cacher et reprendre des forces, alors qu'Edvin, s'il a quitté le gros du troupeau, ça a été pour aller prendre place sur la piste cavalière. Et maintenant il y caracole, même s'il n'a pas de cheval mais simplement un fouet; il est seulement un peu mieux payé que les autres pour se charger de faire avancer la caravane des esclaves et veiller à ce qu'il ne se produise pas d'embouteillages. C'est certainement pour ça qu'il a été tellement furieux quand j'ai transgressé les préceptes de l'usine et que j'ai pris ma semaine de péché tout simplement parce que j'en avais envie. On n'a pas le droit de faire des choses pareilles et, si on le fait malgré tout, on n'a pas à rejeter la faute sur les autres; parce que, en temps de paix, les égouts, ça n'est pas une excellente cachette; c'est seulement quand on se livre à des massacres organisés, à la surface de la Terre, que nous autres, les êtres humains, on éprouve le besoin d'aller tenir compagnie aux autres rongeurs dans les entrailles de notre bonne vieille planète."
Une semaine de péché : traduit du suédois et présenté par Philippe Bouquet. Voix d'en bas. Editions Plein chant. 1984.
L’ouvrier d’usine Konrad Johnson, alias n°403 a décidé de s’accorder une semaine de congé – ou plutôt, selon sa propre expression, une semaine de "création" forcément entachée de péché.
Ce qu’il désire créer, c’est avant tout lui-même ; c’est dire s’il pousse loin le blasphème. Il veut être au moins pendant ces quelques jours, un être humain à part entière, ayant de la valeur en lui-même et non pas seulement par le biais de celle qu’il crée. Ce monologue est le récit d’une entreprise menée, très littéralement, envers et contre tous – car les plus étranges alliances se nouent dès qu’il s’agit d’empêcher quelqu’un de se révolter, de venir perturber l’ordre établi, qu’il soit social, économique, politique bien sûr mais aussi familial… Une histoire, assénée à coup de mots bruts, comme à la hache, mais non dépourvue d’humanité et d’ironie, à ne pas livrer cependant à toutes les oreilles, car si le matricule 403 faisait école…
Extrait : "Si on voit ça sous l'angle du pouvoir, c'est tout de suite plus facile à expliquer. C'est vrai, on s'est tous les deux écartés de la voie habituelle, Edvin et moi, mais pas de la même façon; moi, je me suis trouvé un petit coin d'égout dans lequel me cacher et reprendre des forces, alors qu'Edvin, s'il a quitté le gros du troupeau, ça a été pour aller prendre place sur la piste cavalière. Et maintenant il y caracole, même s'il n'a pas de cheval mais simplement un fouet; il est seulement un peu mieux payé que les autres pour se charger de faire avancer la caravane des esclaves et veiller à ce qu'il ne se produise pas d'embouteillages. C'est certainement pour ça qu'il a été tellement furieux quand j'ai transgressé les préceptes de l'usine et que j'ai pris ma semaine de péché tout simplement parce que j'en avais envie. On n'a pas le droit de faire des choses pareilles et, si on le fait malgré tout, on n'a pas à rejeter la faute sur les autres; parce que, en temps de paix, les égouts, ça n'est pas une excellente cachette; c'est seulement quand on se livre à des massacres organisés, à la surface de la Terre, que nous autres, les êtres humains, on éprouve le besoin d'aller tenir compagnie aux autres rongeurs dans les entrailles de notre bonne vieille planète."
Une semaine de péché : traduit du suédois et présenté par Philippe Bouquet. Voix d'en bas. Editions Plein chant. 1984.

1. Le mardi 20 octobre 2009 à 12:25, par Philippe Bouquet
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