du 1er au 7 avril : semaine du développement durable : le site


"Notre espèce avance comme le crabe en se persuadant qu'elle a entamé sa marche en avant; ou selon la trajectoire de l'ivrogne en proclamant qu'elle va droit au but ! Elle répète que tout sera mieux demain grâce aux sciences, aux techniques, aux énergies, aux nouveaux matériaux, aux fusées, aux ordinateurs, aux robots, aux OGM, ou au clonage...
On nous rebat les oreilles avec les vertus du développement. Pas un discours d'homme politique, pas un communiqué d'entreprise, pas un mot d'ordre syndical qui ne se réfère à la "croissance", sans laquelle nous serions voués à la régression et au malheur...
Le problème est que nous sommes pas plus heureux avec deux 4x4 qu'avec un; avec trois téléviseurs qu'avec deux...Comme toutes les autres, la drogue de la consommation nous asservit et nous désole.
Imaginons qu'un miracle nous permette de disposer de toute l'énergie dont nous rêvons pour une "croissance" indéfinie (la fusion nucléaire contrôlée ou quelque invention abracadabrantesque - le mouvement perpétuel ou le moteur à eau)...Nous exploiterions à tel point le globe que nous en rendrions la surface aussi agréable, variée et attractive qu'un parking de supermarché. Nous n'aurions jamais assez de plantes, d'animaux, de métaux, de forêts, de mers, de déserts, de montagnes, ni même d'eau douce et d'air pur pour tout le monde. La croissance quantitative illimitée conduit inéluctablement au collapsus. Imagine-t-on notre planète avec trois milliards de voitures et leurs gaz d'échappement ? Avec des milliers de centrales nucléaires et leurs déchets ? Avec des millions d'avions dans un ciel devenu gris, et dont la voûte n'unirait plus que des pays caparaçonnés du même béton ?
Je ne crois pas que nous puissions nous désintoxiquer de l'utopie de la croissance...Elle nous est aujourd'hui resservie sous une forme gentiment pernicieuse : le "développement durable".
Je me méfie de cette expression. Au pire, c'est un oxymoron - une contradiction dans les termes; dans un système énergétique et écologique fermé comme la Terre, aucun développement ne peut durer longtemps. Au mieux, "développement durable" ne signifie rien de précis. Chacun y met ce qu'il veut, selon sa fantaisie et son intérêt...
Dans sa version écologiste, l'utopie de Mai 68 avait agité l'idée que la croissance indéfinie est impossible sur une planète aux ressources limitées; qu'il s'agit d'un leurre; qu'il vaudrait mieux chercher la solution dans une "croissance zéro", tempérée par une plus juste répartition des richesses. Je suis intimement persuadé que cette idée est bonne; et même (si nous voulons nous donner une petite chance de survie) qu'il faut la pousser plus loin.
Nous ne nous en tirerons que par la vertu d'une décroissance raisonnable.
Sauf que c'est impossible, parce que personne n'en veut.



Yves Paccalet : l'Humanité disparaîtra, bon débarras ! (éditions Arthaud)


Un régal d'humour noir, provocant et raisonnablement désespéré...