Par Jean Pierre Crochet, jeudi 2 avril 2009 à 20:24
"L’effondrement a bien eu lieu, me suis-je soudain dit, et ce passé qu’on croyait passé n’a jamais cessé de s’effondrer dans le présent. Jamais cessé de s’effondrer, pensais-je, tandis que la langue entraîne tout, avec la plus grande légèreté, de plus en plus bas. Les journaux italiens ont toujours parlé le même langage répugnant mais, du moins jusqu’aux années quatre-vingt, ils le parlaient pour ainsi dire à mi-voix ; puis, d’un coup, toute retenue a disparu et les journaux aussi – ne parlons pas des autres moyens de prétendue information – se sont mis à parler le langage du peuple dans le seul but de plaire au peuple, et ayant depuis longtemps renoncé à tout contenu, ils n’ont eu aucun scrupule à renoncer également à la forme. Et tout cela pour plaire au prétendu peuple, dans le même temps devenu un répugnant peuple de petits-bourgeois, irrité par tout ce qui relève de la pensée et de l’esprit, un peuple ignorant et petit-bourgeois qui abdique volontiers toute conscience de soi et, à sa façon obtuse, le sourire aux lèvres, accepte n’importe quoi sans réagir…"
Vitaliano Trevisan : Le pont, un effondrement (Gallimard)
Ce roman, avec beaucoup de dérision, un style incisif empreint d'humour noir, est un déluge verbal, une logomachie érudite pour dire la catastrophe, la faillite du monde.
Vitaliano Trevisan : Le pont, un effondrement (Gallimard)
Ce roman, avec beaucoup de dérision, un style incisif empreint d'humour noir, est un déluge verbal, une logomachie érudite pour dire la catastrophe, la faillite du monde.

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