Par Jean Pierre Crochet, mardi 5 février 2008 à 05:23
L'intégralité du rapport Pochard en ligne.
Reportage et éditorial du Café Pedagogique.
"Le rapport Pochard est-il susceptible de sortir le système éducatif français de l'ornière ? Il semble qu'il associe à la fois de réelles ouvertures et des idées qui, pour être à la mode, sont d'une efficacité douteuse.
C'est le cas partiellement de l'autonomie des établissements. Le rapport souhaite la renforcer arguant de meilleurs résultats pour les élèves. Les rédacteurs envisagent d'accorder à l'établissement la possibilité d'adapter les programmes. "L’autonomie pourrait ainsi consister à confier à l’établissement, dans le cadre des programmes, un pouvoir d’arbitrage sur l’organisation scolaire, en fonction de son propre projet de réussite éducative. Il s’agirait de donner aux établissements « du grain à moudre », afin qu’ils deviennent maîtres de leur organisation pédagogique".
Une autre idée court le rapport : renforcer les pouvoirs du chef d'établissement. Ils seraient chargés de sélectionner les enseignants, de les noter, d'impulser les choix pédagogiques d'établissement. Pourtant l'efficacité du chef d'établissement manager reste à démontrer. Les recherches de F. Dubet, O. Cousin ou encore A. Grisay et A. Sacré, dans les années 1980, n'ont pas réussi à mettre en évidence un effet chef d'établissement. Le succès des établissements privés est souvent associé au fait qu'ils disposent de chefs d'établissement qui ont des pouvoirs bien plus larges que leurs homologues publics. Or ce que montre la thèse récente de M. Hassani, c'est qu'ils se distinguent de leurs collègues par un niveau d'intervention dans la vie de l'établissement beaucoup plus bas. Pour M. Hassani, bien loin d'être les patrons omniprésents que l'on imagine parfois, ils appartiennent majoritairement au modèle "individuel laissez-faire" c'est à dire qu'ils interviennent pédagogiquement très peu dans leur établissement.
Enfin le rapport souhaite modifier largement les conditions de travail. Il recommande l'annualisation du temps de travail et entend varier les salaires en fonction des "performances" du système éducatif. Cela pourrait être financièrement possible en supprimant les décharges et en réaffectant les sommes ainsi libérées. Deux mesures qui sont également à la mode en Europe où on assiste généralement à un renforcement des contrôles sur la vie des professeurs. Pour autant cette mesure est-elle acceptable dans les établissements français ? On peut en douter.
Enfin il faut saluer l'obstination avec laquelle le gouvernement envisage la réforme de l'Ecole en confiant à des commissions différentes des difficultés précises. Ce saucissonnage n'aide pas forcément. Peut-on réellement changer l'enseignement en ne réformant que les enseignants ? Quid des méthodes pédagogiques ?"
X. Darcos se veut rassurant : Article de Libération.
Reportage et éditorial du Café Pedagogique.
"Le rapport Pochard est-il susceptible de sortir le système éducatif français de l'ornière ? Il semble qu'il associe à la fois de réelles ouvertures et des idées qui, pour être à la mode, sont d'une efficacité douteuse.
C'est le cas partiellement de l'autonomie des établissements. Le rapport souhaite la renforcer arguant de meilleurs résultats pour les élèves. Les rédacteurs envisagent d'accorder à l'établissement la possibilité d'adapter les programmes. "L’autonomie pourrait ainsi consister à confier à l’établissement, dans le cadre des programmes, un pouvoir d’arbitrage sur l’organisation scolaire, en fonction de son propre projet de réussite éducative. Il s’agirait de donner aux établissements « du grain à moudre », afin qu’ils deviennent maîtres de leur organisation pédagogique".
Une autre idée court le rapport : renforcer les pouvoirs du chef d'établissement. Ils seraient chargés de sélectionner les enseignants, de les noter, d'impulser les choix pédagogiques d'établissement. Pourtant l'efficacité du chef d'établissement manager reste à démontrer. Les recherches de F. Dubet, O. Cousin ou encore A. Grisay et A. Sacré, dans les années 1980, n'ont pas réussi à mettre en évidence un effet chef d'établissement. Le succès des établissements privés est souvent associé au fait qu'ils disposent de chefs d'établissement qui ont des pouvoirs bien plus larges que leurs homologues publics. Or ce que montre la thèse récente de M. Hassani, c'est qu'ils se distinguent de leurs collègues par un niveau d'intervention dans la vie de l'établissement beaucoup plus bas. Pour M. Hassani, bien loin d'être les patrons omniprésents que l'on imagine parfois, ils appartiennent majoritairement au modèle "individuel laissez-faire" c'est à dire qu'ils interviennent pédagogiquement très peu dans leur établissement.
Enfin le rapport souhaite modifier largement les conditions de travail. Il recommande l'annualisation du temps de travail et entend varier les salaires en fonction des "performances" du système éducatif. Cela pourrait être financièrement possible en supprimant les décharges et en réaffectant les sommes ainsi libérées. Deux mesures qui sont également à la mode en Europe où on assiste généralement à un renforcement des contrôles sur la vie des professeurs. Pour autant cette mesure est-elle acceptable dans les établissements français ? On peut en douter.
Enfin il faut saluer l'obstination avec laquelle le gouvernement envisage la réforme de l'Ecole en confiant à des commissions différentes des difficultés précises. Ce saucissonnage n'aide pas forcément. Peut-on réellement changer l'enseignement en ne réformant que les enseignants ? Quid des méthodes pédagogiques ?"
X. Darcos se veut rassurant : Article de Libération.
