« Ils sont ce que nous essayons de devenir : de véritables européens »
Günter Grass, écrivain allemand, prix Nobel de littérature
Dans toutes les langues, il y a des mots empruntés. Le mot « Rrom » en est un, tant en français qu’en anglais et bien d’autres. Il vient du rromani, c’est-à-dire la langue du peuple rrom. En rromani, il prend deux « r » et se distingue donc du « r » simple, qui existe aussi. En phonologie, on appelle cela une opposition. Par exemple « rani » veut dire « dame », alors que « rrani » veut dire « branche ». Depuis les débuts de la littérature rrom dans l’Union soviétique des années 1920, ce son particulier était transcrit en double « r », transcription reprise dans l’alphabet du rromani adopté en 1990 par l’Union rromani internationale.
L’apparition du mot en français, mais aussi dans d’autres langues, est très récente. Jadis, et encore aujourd’hui d’ailleurs, on parle de « tsigane », de « romanichel », de « bohémien » etc. Parce que ces mots portent souvent à confusion, il est préférable et de plus en plus préféré d’utiliser le mot « rrom », qui est emprunté donc au rromani, et cela de fraîche date. Ainsi, comme pour tous les emprunts récents, on utilise l’orthographe de la langue d’origine et on décline selon les règles de la langue d’arrivée : un rrom, deux rroms.
Source : CaféBabel
Les Tsiganes, « éternels étrangers de l’intérieur » ?
entretien avec Christophe Robert
Mardi 16 septembre se tiendra à Bruxelles le premier sommet européen consacré aux Rroms, il devra se pencher sur les discriminations dont ils font l'objet, notamment en Italie berlusconienne où les procédés utilisés par les autorités de l'état rappellent les heures les plus sombres et les plus honteuses de l'Europe.
En 2005, a été lancée la "décennie d'inclusion des Rroms". Beau programme ! Les gouvernements des pays à forte population tsigane (Bulgarie, Croatie, République tchèque, Hongrie, Macédoine, Montenegro, Roumanie, Serbie et Slovaquie) ont obtenu 34 milliards d'euros de fonds européens pour "combler le fossé en matière d'éducation, d'emploi, de santé et de logement". Mais les résultats sont maigres...
Le terme de «Rrom» est utilisé pour désigner, de façon générique, des groupes de personnes qui partagent des caractéristiques culturelles plus ou moins similaires ainsi qu’un passé de marginalisation persistante dans les sociétés européennes: les Rroms, les Sintés, les Gens du voyage, les Ashkali, les Kalés, etc.
La population rrom d’Europe compte aujourd’hui quelque dix millions d’individus,
ils font l’objet d’une exclusion sociale de grande ampleur.
Après des siècles
de persécution :
génocide perpétré par les nazis et leurs alliés-les Rroms n'ont même pas eu droit à une reconnaissance post mortem et doloris causa après leur extermination par le régime nazi , plus de 200000 morts, la guerre finie, ils firent encore l'objet de mesures discriminatoires en Allemagne et il fallut attendre 1982 pour que Helmut Kohl reconnaisse la réalité de leur génocide : la "Porrajmos", littéralement "dévoration", à une époque où la plupart des victimes susceptibles de toucher des réparations conformément à la loi allemande étaient déjà mortes et
de discrimination :
la suppression du carnet anthropométrique 2 en France s'effectue seulement en 1969 mais la loi du 3 janvier 1969 oblige tous ceux qui « logent de façon permanente dans un véhicule, une remorque ou tout autre abri mobile » à se munir d’un titre de circulation à faire viser régulièrement par les autorités.
Site très documenté sur ce peuple parti de l'Inde vers le IXe et Xe siècle.
Lire dans
CaféBabel l'article contre la gitanophobie
Expulsions, violences, fichage : en s’en prenant aux Rroms, le gouvernement et la presse de Berlusconi légitiment le racisme.
"Nés pour volés" titre ce magazine pro-Berlusconi
Extrait d'un article de la Corriere della Sera du 15 mai 2008 - Italie
Le correspondant du quotidien Corriere della Serra, Marco Imarisio, relate les faits sur le lieu de l'événement :
"Lorsque la caméra de télévision se dirige vers la réalité du camp en flammes, le décor se modifie. Le gros bonhomme qui quelques instants auparavant criait encore "Laissez les brûler !" se prend la tête à deux mains et crie "Madonna mia, les pauvres". Un garçon qui porte des lunettes à verres réfléchissants s'exprime soudain avec sagesse : 'Ils doivent être chassés, mais pas comme ça.' On éteint la caméra. Le jeune éclate de rire bruyamment. … Un groupe de jeunes se tient à proximité. … Le meneur est … un petit-fils du cousin du 'maire' de Ponticelli (banlieue napolitaine), Ciro Sano, … chef d'un "clan de la Camorra" qui s'est enraciné ici. Le jeune fait un signe à sa troupe, ils repartent sur leurs mobylettes, dix minutes plus tard de nouveaux nuages de fumée s'élèvent au-dessus du camp de nomades. … Le retour vers le Moyen-âge continue."
Article de
l'Express sur les violences à l'encontre de la communauté rom en Italie.
Dans une résolution adoptée (le 10 juillet 2008) en dépit de l'opposition de la droite par 336 voix contre 220 et 77 abstentions, le Parlement demande aux autorités italiennes de "s'abstenir de collecter les empreintes digitales de la population Rrom, mineurs inclus".
Ils précisent que cela constituerait "clairement un acte de discrimination directe fondé sur la race et l'origine ethnique, interdit par l'article 14 de la Convention européenne des droits de l'Homme".
Djelem, djelem, lungone dromensa
Maladilem baxtale Romensa
Djelem, djelem, lungone dromensa
Maladilem baxtale Romensa.
Ay, Romale, Ay, Chavale,
Ay, Romale, Ay, Chavale.
Ay Romale, katar tumen aven
Le tserensa baxtale dromensa
Vi-man sas u bari familiya
Tai mudardya la e kali legiya.
Aven mansa sa lumiake Roma
Kai putaile le Romane droma
Ake vryama - ushti Rom akana
Ame xutasa mishto kai kerasa.
Ay, Romale, Ay Chavale,
Ay, Romale, Ay Chavale.
Levez-vous Rom
J'ai marché, marché aux longues routes
J'ai rencontré des tziganes heureux,
Ô Rom, d'où venez-vous...
Moi aussi j'avais une grande famille
La noire légion l'a massacrée.
Venez avec moi, tous les Rom de la terre
Car les routes tsiganes nous sont ouvertes...
Poème de Jarko Jovanovic (originaire de l'ex-Yougoslavie, né en 1925, la plupart des membres de sa famille ont été déportés et sont morts à Auschwitz)
qui est devenu l'hymne des Rroms :
Gelem Gelem, lungone dromençar ("Je suis allé par de longues routes").
On retrouve ce chant pour accompagner
ce montage photos sur le drame des Tziganes pendant la deuxième guerre mondiale et dans
Gadjo Dilo l'excellent film de Tony Gatlif (voir également le magnifique "
Latcho drom" du même réalisateur qui raconte à travers musique, chant et danse, la longue route du peuple Rrom et de son histoire, du Rajasthan à l'Andalousie. Latcho drom signifie en français "bonne route" )
Drapeau Rrom
Adopté au congrès de l'URI (Union Rom Internationale) en 1971 le drapeau Rom, représente un peuple, et non un pays!
La roue à 16 rayons symbolise évidemment la route, le voyage, la roulotte, la couleur bleue symbolise le ciel, la liberté, les valeurs spirituelles tsiganes et la couleur verte représente la nature, la fertilité...
Exposition Paradise Lost (dessins, peintures, vidéos, sculptures et installations offre une image de l’art rrom contemporain à travers les oeuvres d'artistes de divers pays européens) du
25/09 au 30/10/2008 à l'
Institut Hongrois de Paris
Une exposition "The Roma Journeys" (magnifiques photos du danois Joakim Eskildsen) se tiendra à Paris du 6 novembre au 10 décembre à l'Institut finlandais.
Pour aller plus loin, découvrir l'histoire de ce peuple, sa culture...un
site de référence avec de très nombreux liens, lire également
La Voix des Rroms