Venus du Maghreb, d'Afrique noire et de Madagascar, ils furent près de 600 000 tirailleurs, goumiers et spahis à défendre la "mère patrie".
"Nous sommes devenus des animaux dangereux, nous ne combattons pas, nous nous défendons contre la destruction. Ce n'est pas contre des humains que nous lançons nos grenades, car à ce moment-là nous ne sentons qu'une chose : c'est que la mort est là qui nous traque, sous ces mains et ces casques. C'est la première fois depuis trois jours que nous pouvons la voir en face ; c'est la première fois depuis trois jours que nous pouvons nous défendre contre elle. La fureur qui nous anime est insensée ; nous ne sommes plus couchés, impuissants sur l'échafaud, mais nous pouvons détruire et tuer, pour nous sauver... pour nous sauver et nous venger.
Repliés sur nous-mêmes comme des chats, nous courons, tout inondés par cette vague qui nous porte, qui nous rend cruels, qui fait de nous des bandits de grand chemin, des meurtriers et, si l'on veut, des démons, — cette vague qui multiplie notre force au milieu de l'angoisse, de la fureur et de la soif de vivre, qui cherche à nous sauver et qui même y parvient. Si ton père se présentait là avec ceux d'en face, tu n'hésiterais pas à lui balancer ta grenade en pleine poitrine."
Erich Maria Remarque (1898-1970), À l'Ouest rien de nouveau (1929)
"Il me semble que ma vie entière sera éclaboussée de ces mornes horreurs, que ma mémoire salie ne pourra jamais oublier. je ne pourrai plus jamais regarder un bel arbre sans supputer le poids du rondin, un coteau sans imaginer la tranchée à contre-pente, un champ inculte sans chercher les cadavres. Quand le rouge d'un cigare luira au jardin, je crierai peut-être : " Eh ! le ballot qui va nous faire repérer ! ... " Non, ce que je serai embêtant, avec mes histoires de guerre, quand je serai vieux !
Mais serai-je jamais vieux ? On ne sait pas...
Mourir ! Allons donc ! Lui mourra peut-être, et le voisin et encore d'autres, mais soi, on ne peut pas mourir, soi... Cela ne peut pas se perdre d'un coup, cette jeunesse, cette joie, cette force dont on déborde. On en a vu mourir dix, on en verra toucher cent, mais que son tour puisse venir, d'être un tas bleu dans les champs, on n'y croit pas."
Roland Dorgelès (1886-1973), Les croix de bois (1919)
La Chanson de Craonne est une chanson antimilitariste écrite en 1917
Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête
- Refrain -
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés
Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes
- Refrain -
C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
Feraient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien
Nous autres les pauv' purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr' les biens de ces messieurs là
- Refrain -
Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra votre tour messieurs les gros
De monter sur l'plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau
Version publiée par le journaliste communiste Paul Vaillant-Couturier, l'anarchiste Henry Poulaille, qui fut soldat sur le Chemin des Dames, livre dans Pain de soldat des paroles légèrement différentes.
Allez écouter sur le site de Daniel Mermet "Là-bas si j'y suis" plusieurs émissions consacrées aux mutins de Craonne
Parmi de nombreux numéros spéciaux publiés à l'occasion du 90ème anniversaire de l'armistice, un très beau hors série (du journal l'
Humanité) "14-18 la matrice du XXème siècle", dont Jacques Tardi propose un magnifique regard.
Les sept derniers survivants :
Henry Allingham, né le 6juin 1896, en Angleterre où il vit encore aujourd’hui, est, à 112 ans, le doyen des vétérans et des hommes en Europe. Il est le seul à avoir combattu du début à la fin du conflit. Engagé volontaire dans l’armée britannique dès 1914, il intègre comme mécanicien le Royal Naval Air Service et prend part en 1916 à la bataille navale du Jutland. En 1917 dans une unité de la Royal Air Force, il combat dans la Somme.
Harry Patch (110 ans), est le dernier vétéran britannique à avoir combattu dans les tranchées. Appelé en 1917, il intègre la 7e division d’infanterie légère du Duc de Cornouailles. Il combat sur le front franco-belge, notamment à Ypres. Il est grièvement blessé le 22septembre 1917 par un obus. Il vit en Angleterre.
William Stone, autre survivant britannique, est entré dans la Royal Navy fin septembre1918, mais n’a pas participé aux combats maritimes.
Claude Choules, Australien né le 3mars 1901, est entré en 1916 dans la Royal Navy. Il sert dès 1917, à bord du cuirassé HMS Revenge en Mer du Nord. À 107 ans, il vit en Australie.
John Ross, né en 1899, s’est engagé dans l’armée australienne en février1918. Il a été opérateur radio.
Franck Buckles, né le 1erfévrier 1901, s’est engagé en 1917 à 16 ans. En décembre1917, il part pour la France. D’abord ambulancier, il est ensuite affecté à la surveillance et l’escorte de prisonniers allemands. Il vit en Virginie Occidentale (côte Est des Etats-Unis). Il a reçu les insignes d’officier de la Légion d’honneur à l’ambassade de France à Washington début octobre.
John F.Babcok, né le 23juillet 1900, a intégré le corps expéditionnaire canadien mais il n’a pas combattu.
Source : La Libre Belgique
Le pinard, les totos (les poux), le toubib nous viennent de la guerre de 1914. Deux mille mots et expressions sont sortis des tranchées : lire dans
Ouest France
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HERODOTE